Après
avoir laissé prospérer l’idée d’un bilan de la réconciliation nationale, voire
d’éventuelles assises politiques, les autorités s’emploient désormais à calmer
le jeu. À Mohéli, notables et figures proches du pouvoir ont été mobilisés pour
démentir toute intention de débat constitutionnel, accusant l’opposition de
manipulation… au prix d’un sérieux flottement dans la communication officielle.
Après
la conférence de presse tenue à la présidence de Beit-Salam, les notables de
l’île de Mohéli se sont réunis le jeudi 29 janvier à l'hôtel Faradel afin de relayer le message officiel et se
mobiliser autour d’un appel à la paix et à la stabilité. Une initiative
présentée comme une opération de clarification, alors même que la confusion
trouve son origine dans des déclarations venues du sommet de l’État.
En
effet, lors de la cérémonie d’inauguration de l’agence des services des impôts
à Nioumachoi, le chef de l’État avait lui-même annoncé qu’au mois de février «
les Comoriens allaient se réunir pour faire le bilan de la réconciliation, afin
d’améliorer ce qui a marché et revoir ce qui n’a pas marché ». Des propos
largement relayés par les partisans du pouvoir, notamment le secrétaire général
adjoint du gouvernement, Salim Hafi, et amplifiés sur l’ensemble du territoire,
en particulier à Mohéli.
C’est
pourtant ce même discours que les autorités s’emploient aujourd’hui à démentir.
Réunis ce jeudi 29 janvier à l’hôtel Faradel, les notables de Mwali, venus de
toutes les régions de l’île, ont affirmé qu’il n’y aura ni débat politique ni
assises le 17 février, et encore moins de projet de modification
constitutionnelle, contrairement à ce que « prétend l’opposition ».
Prenant
la parole, le cadi Nabouhane a rappelé que « la paix et la stabilité concernent
tout le monde, qu’on soit de l’opposition ou du pouvoir », retraçant
l’historique des crises insulaires jusqu’à l’Accord-cadre de Fomboni de 2001.
De son côté, le notable Chamsi Bounou a critiqué l’opposition, l’accusant de
réclamer aujourd’hui des revendications absentes lors des précédentes réformes,
marquées selon lui par la politique de la chaise vide. Dans la même veine,
Mindhiri Ousseine a insisté sur le rôle central de la paix et de la stabilité
dans le développement du pays.
L’ancien
ambassadeur des Comores en Arabie saoudite, Alhabib Abbasse Abdallah, a tenu à
dissiper toute ambiguïté. Selon lui, la journée du 17 février est exclusivement
consacrée à la commémoration de la réconciliation nationale, déjà acquise, et
non à l’ouverture de nouvelles assises politiques. Il a rappelé que cette date
historique, désormais déclarée fériée, chômée et payée, doit être célébrée par
tous les Comoriens, opposition et pouvoir confondus, comme un symbole de paix
et de stabilité retrouvées.
Cette
opération de clarification se poursuit. Une nouvelle rencontre est prévue ce
vendredi 30 janvier à Bonovo, siège du gouvernorat de Mohéli, avec les mêmes
objectifs : démentir les rumeurs persistantes autour du 17 février et rassurer
l’opinion sur l’absence de tout débat politique ou constitutionnel. Les
organisateurs entendent y réaffirmer le message officiel et appeler, une fois
encore, au calme et à l’unité nationale.
Reste
que ces démentis successifs peinent à dissiper le malaise. En cherchant à
corriger des rumeurs qu’elles ont elles-mêmes contribué à propager, les
autorités exposent les limites d’une communication brouillée, laissant place
aux interprétations, aux suspicions politiques et à une méfiance persistante au
sein de l’opinion publique.
Riwad
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