MOHELI MATIN

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Côte d’Ivoire : la CEI, de l’indépendance rêvée à la défiance persistante

Plan de développement Mohéli
Entre revendications historiques, crises politiques et défiance populaire, la Commission Électorale Indépendante reste au cœur des controverses.

Jusqu’en 1995, l’organisation des élections en Côte d’Ivoire relevait exclusivement du ministère de l’Intérieur, héritage du système de parti unique, malgré le retour officiel au multipartisme cinq ans plus tôt. Cette configuration plaçait l’ex-parti au pouvoir dans une position à la fois arbitre et compétiteur, ce qui posait naturellement des questions de transparence aux yeux de l’opposition et des observateurs nationaux.

Face à cette situation, les partis de gauche ont formulé l’idée d’une instance neutre et indépendante chargée des élections, afin de garantir l’équité et la crédibilité des scrutins. Le PDCI au pouvoir refusa toute concession, justifiant en partie le boycott des élections de 1995. La situation restera inchangée jusqu’au coup d’État de 1999, lorsque les partis de gauche soumettent leur requête au chef de l’État de l’époque, le Général Guéi Robert. Ce dernier nommera Honoré Guié, expert international, à la tête de la première CEI réellement indépendante.

Sous sa direction, la présidentielle d’octobre 2000 se déroule avec des candidats en lice dont Laurent Gbagbo et le Général Guéi. Les candidatures de HKB et ADO sont rejetées par la Cour suprême, et lors du dépouillement, le Général Guéi tente de manipuler les résultats à son avantage. Honoré Guié, fidèle à sa mission d’indépendance, refuse et fait respecter le verdict, proclamant Laurent Gbagbo vainqueur. Cette phase tumultueuse illustre la difficulté historique de garantir l’impartialité des organes électoraux dans un contexte de crise et de tension politique extrême.

Après cet épisode, la seconde CEI réellement indépendante est dirigée par le juge Camille Hoguié, reconnu pour son impartialité lors de l’enquête sur les événements de mai 1991 à Yopougon. Sous sa présidence, le RDR, alors parti d’opposition, remporte plusieurs municipales face au FPI et au PDCI, confirmant que l’indépendance effective de la CEI peut produire des résultats équitables et crédibles.

Mais l’éclatement de la rébellion en septembre 2002 change profondément la donne. Les insurgés exigent désormais de siéger dans la CEI, et divisés en factions (MPCI, MJP, MPIGO), ils s’assurent de contrôler l’organe, compromettant son impartialité. Depuis lors, le format de la CEI permet aux compétiteurs politiques d’influencer directement l’arbitrage, fragilisant la confiance populaire et donnant lieu à des élections litigieuses, comme celles de 2010. Les controverses récurrentes, y compris l’affaire des 500 000 électeurs fictifs, nourrissent la suspicion sur sa crédibilité.

L’histoire récente montre également que certains acteurs, comme Soro Guillaume, critiquent aujourd’hui la CEI actuelle, alors qu’ils ont eux-mêmes validé les listes électorales et les pratiques qu’ils dénoncent maintenant. Ces contradictions révèlent une crise d’intégrité systémique, où la recherche de transparence devient circonstancielle, fonction des intérêts politiques immédiats.

L’intégrité, pourtant, n’est pas optionnelle. Elle constitue la clé de la crédibilité politique, de la paix sociale et du développement durable. Un État dont les institutions respectent cette valeur voit ses projets et ses élections réussir avec moins de friction et plus de confiance citoyenne. La Côte d’Ivoire a l’opportunité, dès 2025, de s’engager résolument sur cette voie, en renforçant la transparence et en plaçant des fonctionnaires intègres au-dessus des pressions politiques.

L’expérience historique démontre que la CEI peut être indépendante et efficace, mais que sa crédibilité repose sur l’intégrité de ses membres, l’absence d’ingérence politique et l’adhésion à un devoir moral partagé par tous les acteurs. Tant que ces conditions ne seront pas garanties, les élections continueront d’être marquées par la méfiance et le doute.

Pour bâtir un futur stable, il est impératif que la Côte d’Ivoire élève l’intégrité au rang de valeur universelle et constante, au-delà des intérêts de courte durée, et que chaque citoyen, politique ou fonctionnaire, s’y engage pleinement.

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